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11 décembre 2006

Complot de la Ville-Lumière : Bertrand Delanoë passe aux aveux

LA HAYE, 15 AVRIL 2007 — Le complot de la « Ville-Lumière », dont la découverte il y a cinq semaines a eu l’effet d’une bombe sur la scène politique internationale, fait l’objet d’une enquête poussée de la part de la « Commission vérité » mise en place par l’Union européenne.

« Nous sommes déterminés à trouver et à juger chacune des têtes pensantes de cette conspiration. » assure José Luis Barroso, le chef de l’État espagnol, que le Conseil de l’Union européenne a élu à la tête de la Commission. « Cela prendra le temps qu’il faudra, mais nous aurons les coupables. »

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Pour l’heure, la Commission n’est cependant parvenue à établir la responsabilité que de Bertrand Delanoë, maire de Paris depuis mars 2001. « Pour Jean-Claude Lesourd, Henri Loyrette et Jean-Pierre Jeunet, respectivement président de l’office de tourisme de Paris, directeur du musée du Louvre et réalisateur du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, les preuves manquent encore, admet Bernard Bruhnes, consultant juridique auprès de la Commission vérité. Mais tout porte à croire qu’ils avaient eux aussi maille à partir dans le réseau dit de la Ville-Lumière – d’autant que les témoignages de M. Delanoë corroborent nos soupçons. »

Les inspecteurs de la Commission vérité sont en effet venus à bout de la résistance de l’ancien maire de Paris. « Même sous la menace, il refusait de l’ouvrir, déclare un chef-interrogateur des services secrets, sous couvert d’anonymat. Et maintenant qu’il a craché l’morceau, je comprends pourquoi il refusait de l’ouvrir. »

Rappelons les faits. En février dernier, Guillaume Lombard, stagiaire à l’office du tourisme de Paris, envoie une lettre au Canard enchaîné dans laquelle il affirme que la capitale de notre pays n’est qu’un vaste parc d’attraction pour touristes, et se dit prêt à rencontrer les responsables de l’hebdomadaire satirique en cas de publication éventuelle de ses révélations. Le comité de lecture du Canard ne prend pas cette lettre au premier degré, et il faut attendre le 4 mars pour que la vérité éclate au grand jour.

À sept heures du matin, la pluie commence à tomber sur la capitale française. Ayant oublié son K-Way dans sa chambre d’hôtel, Jerry Thomson, touriste américain alors en promenade sur le boulevard Saint-Germain, prend la décision bien naturelle de s’abriter sous une porte cochère. C’est en s’appuyant contre la porte qu’il prend conscience que quelque chose ne va pas. « La porte, entendez le battant de la porte, ne semblait faire qu’un seul tenant avec l’ensemble de l’immeuble. Comme si on avait tout construit d’un seul bloc. » explique-t-il dans une récente interview à l’International Herald Tribune.

« C’est alors que je me suis retourné pour observer les immeubles d’en face, poursuit-il, encore sous le choc. Tous perdaient leur couleur grise originelle, qui dégoulinait de leurs élégantes façades haussmaniennes, révélant des murs marron. »

Mais le pire était à venir. « Sous l’effet de la pluie, les murs ont commencé à gondoler. C’est alors que j’ai pris conscience que les immeubles du boulevard Saint-Germain étaient en carton de chez Lidl. »

Un phénomène de gondolation que l’on observe au même moment dans l’ensemble de la ville, et non pas seulement au septième arrondissement. « C’était horrible et fascinant à la fois, résume M. Thomson. J’ai quitté mon poste sous la porte cochère, et je me suis mis à courir dans les rues de la ville. Partout, les murs se gondolaient et perdaient leur couleur pierre, laissant apparaître le carton. Je m’amusais à donner des coups de poing sur les façades Haussmann, qui se trouaient et partaient en lambeaux sous l’effet de la pluie. Finalement, des pans entiers de la cité se sont effondrés comme des châteaux de carte. La Ville-Lumière avait été terrassée par une simple giboulée de mars. »

« Je ne sais trop comment, je me suis retrouvé place du Trocadéro, avec d’autres touristes étrangers. Instinctivement, nous nous sommes rapprochés de la Tour Eiffel, qui semblait être la seule structure solide de la ville. Un touriste italien, très remonté contre son guide, a voulu en avoir le cœur net et a donné un coup de pied à l’une des poutres de soutènement. C’est alors que nous avons pris conscience de la terrible vérité : la Tour Eiffel est en plastique. »

Nul besoin de revenir sur le chaos qui s’ensuit alors, tant en France qu’à l’étranger : déclarations contradictoires du président de la République et du chef du gouvernement, rupture des relations diplomatiques avec le Japon, effervescence médiatique, lancement de fausses rumeurs etc.

Le 5 mars au soir, cependant, Guillaume Lombard refait surface. Dans une allocution au journal télévisé de TF1, il révèle à l’humanité sidérée l’existence de la société secrète dite de la « Ville-Lumière. » Une organisation deux fois millénaire liant différentes personnalités de la politique, de l’économie et des médias aux tour-opérateurs mondiaux et qui a littéralement bâti de toutes pièces une ville fictive, dotée de monuments fictifs et d’une Histoire fictive : Paris. L’objectif de ce réseau criminel, faire venir des touristes en Île-de-France – et s’enrichir considérablement au passage.

Pendant près de vingt siècles, la ville de Paris s’est développée autour de l’île de la Cité , sur l’ancien site gallo-romain de Lutèce. De simple parc d’attraction régional, la Ville-Lumière s’est transformée au fil du temps en un immense complexe touristique, drainant des foules entières attirées par l’image, savamment entretenue au fil des décennies, d’une ville romantique, pleine de charme et de poésie. Les photographies de Robert Doisneau, les poèmes d’Aragon, les romans de Raymond Queneau : tous n’étaient que de simples commandes de la cabale de la Ville-Lumière, qui planifiait la gestion, l’agrandissement et la rénovation de la cité de carton-pâte.

Bertrand Delanoë fut le dernier leader de ce réseau très ancien. « Nul ne sait quand la cabale a été fondée, a-t-il déclaré lors de son interrogatoire. Tout ce que je sais, c’est que la tradition voulait qu’elle soit dirigée par les maires et les bourgmestres de Paris. » Des affirmations qui mettent par conséquent en doute la probité du Président Jacques Chirac, mais qui doivent faire l’objet d’une vérification de la part des enquêteurs.

« Chef de la cabale était un travail monstrueux, a-t-il également confié. Il fallait coordonner les différentes attractions, tout en faisant semblant de travailler comme maire. Sans oublier filer des dessous-de-table aux agents d’animation pour qu’ils se taisent, et éliminer les mouchards potentiels. »

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Par « agents d’animation », M. Delanoë fait allusion à l’ensemble de la population parisienne, chargée de singer les habitants d’une véritable ville. « Dans la mesure du possible, les Parisiens devaient faire semblant de mener une vie normale, se rappelle l’ancien maire. C’est un travail difficile, c’est pourquoi nous les payions très cher. En outre, il fallait qu’ils évitent les contacts trop affectifs avec les provinciaux, de peur qu’ils ne trahissent le secret collectif. C’est pourquoi nous recommandions toujours aux Parisiens de ne leur parler qu’avec mépris – tout particulièrement aux chauffeurs de taxi et aux garçons de café.  »

« C’est de cette façon que s’est créée l’identité parisienne, poursuit-il. Peu à peu, un ensemble de codes s’est mis en place pour différencier les Parisiens, c'est-à-dire ceux qui savent, de ceux qui ne savent pas, à savoir le reste du monde : la mode, l’argot, la métro-sexualité, etc. Autant de façons de se rendre haïssables aux provinciaux et aux étrangers. En même temps, il fallait continuer à les attirer : d’où la création du mythe de la Ville-Lumière et des films de propagande comme Amélie Poulain. »

« Dans l’ensemble, le système fonctionnait à merveille, a-t-il conclu. Le fric rentrait, les Parisiens s’enrichissaient, les touristes n’y voyaient que du feu, tout le monde en profitait. Nul ne soupçonnait la vérité jusqu’à cette maudite averse. D’habitude, des stagiaires de l’office du tourisme se relayaient la nuit pour recouvrir les faux immeubles de paraffine liquide, afin d’empêcher le carton de s’imbiber d’eau en cas de pluie. Mais il a fallu que l’un d’eux nous trahisse. »

En attendant, il faut punir les orchestrateurs de cette vaste supercherie, à commencer par M. Delanoë. C’est ainsi que la Commission vérité a mis en place le TIEVP (Tribunal International pour l’Ex-Ville de Paris), mis en place à La Haye(Pays-Bas) pour juger les membres du complot de la Ville-Lumière après leur arrestation.

« L’instruction de M. Delanoë s’annonce difficile, s’inquiète Nikos Theodorakis, un important juriste grec nommé au poste de procureur général du TIEVP. Il n’existe en effet aucune jurisprudence sur la fabrication de fausses villes de deux millions d’habitants. »

« Certes, l’Union soviétique et la Corée du Nord ont déjà mis en place de faux kolkhozes pour vanter les mérites de la collectivisation aux visiteurs occidentaux, ajoute-t-il..Mais ces entreprises restaient limitées et n’ont d’ailleurs jamais été jugées. »

« On va les niquer, jubile Maître Collard, l’avocat de M. Delanoë. Ils n’ont aucune chance de gagner : nulle part dans les textes juridiques français ou internationaux il n’est stipulé que la création de fausses villes à des fins touristiques constitue un crime à l’égard de la communauté internationale. Mon client est innocent. »

« Du reste, poursuit-il avec enthousiasme, nul ne peut prétendre que l’action de mon client au sein du réseau Ville-Lumière a desservi notre pays. La ville de Paris attirait à elle seule soixante millions de touristes chaque année, dont une forte proportion d’étrangers richissimes. La France aurait tort de se priver de cette manne de devises, tout spécialement dans la période économique difficile que nous traversons. »

Le démantèlement de la ville ne figure d’ailleurs pas au programme de la Commission vérité. « Pour l’instant, on préfère laisser les choses comme elles sont, annonce José Luis Barroso, visiblement mal à l’aise. C’est d’ailleurs dans l’intérêt des enquêteurs, qui ont besoin de pièces à conviction pour instruire leurs dossiers. »

« La vérité, c’est que personne n’ose toucher à Paris, déclare Jonathan Yardson, éditorialiste à l’hebdomadaire américain Newsweek. Pour les Européens, Paris n’était pas une ville, mais un symbole : celui de la démocratie, du progrès, du savoir-vivre et de la gastronomie – en un mot, de tout ce qui constitue la civilisation européenne. C’est d’ailleurs la grande victoire de M. Delanoë et de ses prédécesseurs que d’avoir su préserver ce mythe pendant des siècles. »

« Du reste, rien n’empêche les Français de continuer à exploiter ce parc d’attraction, ajoute-t-il en haussant les épaules. La fin de la supercherie n’implique pas nécessairement celle de son succès en termes économiques. D’autant que le scandale va faire chuter les prix de la location à Paris, et donc booster les chiffres du tourisme. »

Une opinion que partage Moustapha Diouf, vendeur de goulous-goulous à Montmartre. « En toc ou pas en toc, martèle-t-il, Paris sera toujours Paris. On s’en est toujours bien tiré jusqu’à présent, alors j’vois pas pourquoi on devrait tout remballer juste parce qu’un connard a vendu la mèche. »

De notre envoyé spécial à La Haye, Jean Saintot.

Posté par ChildericW à 15:13 - Dépêches APP - France - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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